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Accueil > Thèmes de recherche > De la source à l’objet. Ressource, diffusion, techniques, altération, vieillissement-conservation > Matières colorantes > Perception des couleurs

Perception des couleurs

par FD - publié le

La diversité des matériaux employés est une source significative d’informations sur les relations entre couleur et représentation, sur les aspects économiques ou les circulations de matériaux ou d’ateliers.

Contrairement à d’autres couleurs pour lesquelles la matière première était disponible et bon marché, l’emploi de bleu obligeait à des stratégies réfléchies.
En dehors des bleus « objectifs » caractérisés par la nature des pigments employés (azurite, lapis lazuli, aérinite,…), on a pu utiliser pour des raisons économique, iconographique, ou esthétique, des mélanges de pigments bon marché – essentiellement blanc et noir - permettant d’obtenir des plages colorées objectivement grises mais qui sont qualifiées bleues.

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Peinture murale du Château de Beynac (Dordogne). Détail

Il ne s’agit pas, dans le cas de ces « faux bleus », d’une imitation mais d’une conception différente des couleurs à l’époque médiévale où on classait les couleurs uniquement par leur luminosité entre le blanc et le noir. Ainsi, toutes les couleurs peuvent n’être qu’un mélange bien précis de blanc et de noir, considérés comme deux couleurs primaires. Le noir pouvait donc être considéré comme le plus sombre des bleus.

De nombreux exemples de ces « faux bleus » prélevés dans des peintures murales médiévales du Sud-Ouest de la France ont été analysés du point de vue de la nature physico-chimique des matériaux, ce qui a permis d’identifier que les pigments employés étaient des mélanges de calcite (blanc) et de noir de carbone (noir). Les mesures colorimétriques réalisées sur les plages colorées confirment que ce sont des gris.


Daniel F., Mounier A., Ricarrère P., 2012, Of some blue and bluish grey pigments in medieval mural paintings in the South West of France, Proceedings of the 39th International Symposium for Archaeometry, Leuven (2012) 329-334


La question de la perception des couleurs, par les médiévaux, dans le cas des « faux bleus » a été étudiée sur une quinzaine de peintures murales du Sud-Ouest qui présentaient des plages colorées objectivement grises mais qualifiées bleues par les observateurs. Des mesures colorimétriques et une étude psychophysique expérimentale (coll. laboratoire de psychologie de l’université de Bordeaux, PEPS IdEx 2013 « Faux Bleus ») ont démontré l’utilisation d’une illusion colorée à l’époque médiévale, qui témoigne d’une part d’une conception de la couleur fondée sur la théorie aristotélicienne en vigueur très différente de la théorie trichromatique actuelle et d’autre part de la connaissance implicite par les peintres des lois de contraste simultanés qui seront théorisées par Chevreul au 19e siècle.


Delord S., Vahine T., Mounier A., Ricarrere P., Daniel F. and Knoblauch K., 2014, Illusory blue from gray medieval mural paintings : color naming, color categorization and Stroop effect. (Communication orale). 37e colloque ECVP (European Conference on Visual Perception), 24-28 August 2014, Belgrade, Serbia


Un développement de ces aspects est proposé dans le cadre du projet « « Le manteau bleu de la vierge ». Psychologie et patrimoine culturel :
Influence de l’environnement lumineux sur la perception des couleurs dans la
peinture murale médiévale
 », financé par le CRAquitaine, en collaboration avec le Laboratoire de Psychologie, Santé et Qualité de Vie, EA4139 (porteur du projet : Sandrine Delord).